Thibaud Martinetti 

Poétique de l'insecte dans la littérature des XIXe et XXe siècles (titre provisoire) 

Dans le cadre du projet FNS - Sinergia " Poetik und Aesthetik des Staunens ", et sous la direction du Professeur Hugues Marchal, mon travail de thèse a pour objet d'analyser les rapports étroits entre la littérature française et l'entomologie au XIXe et au début du XXe siècle. Au XIXe siècle, les ouvrages consacrés aux insectes sont innombrables, venant enrichir le savoir déjà fécond du siècle précédent. En France, Latreille, Duméril ou encore Lamarck prolongent les études de Linné et contribuent au renouvellement de la classification systématique des espèces pendant que Dufour travaille à l'observation et à la description des modes de vie de l'insecte à la suite de Réaumur et de Bonnet. 

Dans ce contexte, la poésie didactique se raréfie à la fin de l'Empire pour laisser place à une prose de la nature qui comprend de nombreux textes portant sur les insectes dont les auteurs les plus connus sont Charles Nodier, Jules Michelet, Jean-Henri Fabre et Maurice Maeterlinck. Dans ces ouvrages à la frontière des genres, l'insecte est au cœur d'une réflexion touchant à la philosophie, au devenir des espèces, à la sociologie, voire à la politique, mais pose aussi un problème esthétique lié à la notion de vulgarisation, que nous pourrions résumer ainsi : pourquoi, comment et pour qui écrire l'insecte ? Cette réappropriation de l'insecte par la littérature s'accompagne d'une esthétique de l'étonnement permettant aux écrivains de justifier l'étude de ces êtres minuscules a priori insignifiants, et de traduire à la fois l'impuissance de la raison face à la réalité " merveilleuse " de leurs mœurs et techniques, et l'étonnement inquiet surgissant face à l'altérité radicale de leur physiologie. 

Mon corpus comprendra aussi bien des poèmes, des contes et des récits que des ouvrages de vulgarisation et des méthodes initiant à la pratique de l'art entomologique selon la formule de M. Le Roux. Il s'agit d'une littérature variée qui mérite tout notre intérêt puisqu'elle permet de mieux comprendre les rapports intimes et parfois contradictoires entretenus entre les savoirs poétiques et scientifiques dans ce vaste champ de constructions théoriques allant du XIXe au début du XXe siècle.